Une «primaire des républicains et patriotes» peut-elle unifier le bloc populaire?

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Une «primaire des républicains et patriotes» peut-elle unifier le bloc populaire?

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Le leader de Debout la France a proposé l’idée d’une primaire pour éviter un duel Macron-Le Pen en 2022. Pour David Desgouilles, une nouvelle géographie politique se dessine au sein du «bloc populaire» mais elle peine encore à se définir.Par Paul SugyPublié le 22 janvier 2020 à 12:07, mis à jour le 22 janvier 2020 à 12:36

«Nicolas Dupont-Aignan n’a pas présenté cette primaire comme celle de «la droite de la droite», mais comme celle, des «républicains et patriotes».
«Nicolas Dupont-Aignan n’a pas présenté cette primaire comme celle de «la droite de la droite», mais comme celle, des «républicains et patriotes». ERIC PIERMONT/AFP

David Desgouilles est membre de la rédaction de Causeur. Il a publié Dérapage (éd. du Rocher, 2017). Son dernier roman, Leurs guerres perdues, vient de paraître aux éditions du Rocher.


FIGAROVOX.- Nicolas Dupont-Aignan a proposé une «grande primaire pour la France» en 2021 afin de fédérer l’opposition «républicaine et patriote» face à Emmanuel Macron. Mais cherche-t-il une alternative à Emmanuel Macron… ou à la candidature de Marine Le Pen?

David DESGOUILLES.- «Les deux, mon capitaine», serais-je tenté de vous répondre. On ne peut pas enlever à Nicolas Dupont-Aignan la volonté de vouloir éviter une élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Il l’a fait bruyamment entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017, ce qui avait fracturé son propre parti politique, en soutenant ouvertement Marine Le Pen.

Mais il veut aussi susciter une alternative à la candidature de Marine Le Pen, puisqu’il avait dit quelques jours auparavant que la réédition du duel de 2017 aboutirait à la reconduction certaine d’Emmanuel Macron pour cinq années supplémentaires.

On peine à croire que la présidente du Rassemblement National se soumette à l’exercice, alors qu’elle a annoncé la semaine dernière sa candidature à l’élection présidentielle…

En effet. Par souci d’efficacité, Nicolas Dupont-Aignan se serait bien inspiré de ne pas faire cette proposition quelques jours à peine après avoir critiqué vertement la candidature de Marine Le Pen. Elle aurait sans doute davantage de force. Dans le cas présent, elle apparaît comme un piège – avec un panneau clignotant qui indique que c’est un piège destiné à la présidente du RN. On imagine que cette dernière n’ira pas y plonger la tête la première.Marine Le Pen doit occuper le terrain et démontrer ainsi qu’elle n’a aucune intention d’être une sorte de François Hollande du « Bloc populaire  ».

On peut même supposer que Marine Le Pen a annoncé sa candidature dès ses vœux à la presse pour faire taire une petite musique qui commençait à résonner et selon laquelle il faudrait trouver de toute urgence une autre candidature que la sienne, laquelle favoriserait à coup sûr la réélection d’Emmanuel Macron. Cette petite musique, chantée depuis des mois, y compris par des éditorialistes dont Éric Zemmour est le ténor, doit lui être fort désagréable. Elle n’a pas intérêt à la laisser chanter une année de plus.

Nous allons bientôt entrer dans la quatrième année du quinquennat, c’est-à-dire au moment où Emmanuel Macron a émergé dans l’opinion lors du mandat précédent et où il a commencé à construire cette candidature. On a déjà pu évoquer le souhait de voir émerger de la même manière un (ou une) «Macron souverainiste». Si cette deuxième version de météorite politique devait respecter le même calendrier, il faudrait qu’elle se fasse connaître en 2020, avant d’annoncer sa candidature en 2021.

A contrario, Marine Le Pen doit occuper le terrain et démontrer ainsi qu’elle n’a aucune intention d’être une sorte de François Hollande du «Bloc populaire», jetant l’éponge dans la dernière ligne droite.

Cette proposition s’inscrit aussi dans la continuité de la «convention de la droite»: toute une frange de la droite aujourd’hui ne se reconnaît plus dans Les Républicains et se méfie du Rassemblement National, mais cette droite «hors les murs» se cherche un leader. Une gageure?

Cette «convention de la droite» était-elle décidée à trouver un leader? Telle qu’elle fut organisée, elle mettait en lumière Marion Maréchal et Éric Zemmour. Nicolas Dupont-Aignan n’avait pas été de la partie (il avait expliqué à l’époque ne pas avoir été convié) et Robert Ménard était venu pour critiquer la tenue de cette convention, ce qui était apparu comme une réponse du berger à la bergère Marion, puisque cette dernière avait gâché sa propre convention de la «droite hors les murs» à Béziers quelques années plus tôt. Outre le bruit médiatique provoqué par le discours d’Éric Zemmour, cette convention s’était donc soldée par un échec, dont Marine Le Pen avait été la grande bénéficiaire.Ils persistent à parler de droite alors qu’il s’agit d’unifier un bloc électoral populaire.

Que des gens ne se reconnaissent ni dans les Républicains menés par Christian Jacob ni par le RN de Marine Le Pen, c’est évident. Qu’ils peinent à se trouver un chef l’est tout autant. Mais ce n’est pas leur seul problème. Ils persistent à parler de droite alors qu’il s’agit d’unifier un bloc électoral populaire, selon la théorie des deux blocs de Jérôme Sainte-Marie. Patrick Buisson, auquel se réfèrent souvent les apôtres de la droite-hors-les-murs, adhère aussi à cette nouvelle géographie politique.

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